Effets secondaires des stéroïdes anabolisants

Sujets on 1 Jan , 1990

(David Steen)

Avertissement : cet article concerne des effets secondaires des stéroïdes androgéniques anabolisants sur la tranche d’âge pubertaire. Des stéroïdes anabolisants peuvent entraîner de graves séquelles irréversibles sur l’organisme lorsqu´ils sont utilisés avant ou bien durant la puberté!

L’état actuel de la recherche ne nous dit pas grande chose sur les conséquences de l’utilisation de stéroïdes anabolisants en dosage important (dans le but d’augmenter la masse musculaire et d’améliorer la performance sportive) pour la santé humaine. Il y a des effets possibles vérifiés, connus tant aux sportifs (aux avertis pour le moins) qu’´aux spécialistes de médicine. On compte parmi eux l’inhibition de la production naturelle de testostérone par le feedback négatif (le mécanisme est simple : quand l’organisme note le niveau de testostérone élevé,  il envoie le signal aux organes qui la produise de réduire la production ; ceci est valable pour la plupart des hormones dans l’organisme) avec tous les conséquences rattachées comme l’atrophie testiculaire et l’infertilité temporaires qui vont en général main dans la main avec des effets de estrogène élevé  (par exemple la gynécomastie, parce qu’une partie de la testostérone aromatise toujours en œstradiol). Un autre effet indésirable bien connu, c’est la lésion du foie par des stéroïdes oraux. Là  on peut parler de toute sorte de lésions, y compris le carcinome, en fonction de la durée de l’utilisation de stéroïdes.

La plupart des sportifs qui utilisent des stéroïdes vous dira que l’inhibition de la testostérone est réversible (à  ce qu’il paraît, elle l’est, même si nous avons également des cas d’inhibition irréversible) et qu´il est possible de l’éviter en respectant bien les cycles et en prenant des médicaments de support pour relancer la production naturelle de testostérone. Quant à  la maladie du foie, beaucoup de sportifs limitent tout simplement ou ils arrêtent complètement l’utilisation de stéroïdes oraux en faveur des intramusculaires (tant qu´ils n´ont pas besoin d’être clean après le cycle, dont on parle ailleurs). Si je soutiens qu´il existe peu de faits scientifiquement documentés concernant les effets de stéroïdes sur la santé humaine, je vise avant tout des thèses sur les maladies du cœur causées par les stéroïdes: augmentation du taux de LDL (soit le mauvais cholestérol) dans le sang et l’abaissement du taux de HDL (soit le bon cholestérol), la hypertension, l’altération de la paroi vasculaire, l’infarctus du myocarde et l’agrandissement du ventricule gauche. Ce sont des affirmations vraiment graves qui méritent d’être examinées de plus près.

Nous avons de centaines d’études médicales qui confirment la nocivité de la fumerie sans aucun doute. Les cigarettes engendrent la dépendance, elles causent les maladies du cœur et le cancer et pourtant elles sont vendues tout à fait légalement. Quant aux stéroïdes anabolisants, nous ne sommes pas si sûrs. Je vous en prie, ne me comprenez pas mal. Je ne dis pas que les stéroïdes sont absolument sains ou que vous pouvez éviter facilement tous les effets secondaires en respectant certaines procédures, des cycles par exemple, ou bien en utilisant des injections au lieu de comprimés oraux. Je veux seulement dire qu´on peut à peine comprendre le manque d’intérêt de la part des savants et des médecins au phénomène si répandu que l’utilisation de stéroïdes dans le sport.

L’organisme américain de recherche sur l’abus des drogues (NIDA) énumère sur ses pages officielles (orientées contre les stéroïdes anabolisants) près de 30 études scientifiques sur l’abus de stéroïdes. La majorité traite des effets psychologiques de stéroïdes, la désaccoutumance et des programmes de formation (Intervention et prévention de l’utilisation de stéroïdes chez les adolescents  c’est le titre d’une publication juste à titre d’illustration). Deux articles seulement abordent le fond du sujet, des effets indésirables de stéroïdes: L’exposition du mâle de souris aux stéroïdes androgéniques anabolisants réduit la durée de sa vie et La toxicité cardiaque de stéroïdes anabolisants. Si vous vous plongez dans les méthodes et l’étendue de la plupart des articles publiés à ce propos, vous serez déçus. L’étude intitulée Fibrillation auriculaire et stéroïdes anabolisants décrit par exemple un jeune culturiste utilisant des stéroïdes anabolisants en grand dosage amené aux urgences avec une fibrillation auriculaire rapide symptomatique.

Juste une brève explication pour ceux qui ne sont pas renseignés sur les standards des études médicales : normalement on travail avec deux grandes groupes (plus le groupe est grand mieux c’est) de patients et on suit leur état de santé durant une certaine période (plus c’est long, mieux c’est). On administre au premier group la substance active étudiée et l’autre reçoit un placebo. Dans le cas idéal, une telle étude est faite sur des humaines et non sur des souris ou autres animaux de laboratoire, ni les patients ni les médecins ne savent pas s´ils utilisent/administrent un placebo ou bien le réel médicament. Bien évidemment, il n´est pas possible de tester sur des humaines une substance potentiellement nuisible, mais considérant le nombre de personnes qui utilisent des stéroïdes volontairement, leur étude ne devrait pas être bien compliquée.

Concernant une longue utilisation de stéroïdes, nous avons à l’heure actuelle un grand groupe de sportifs qui ont commencé a prendre des stéroïdes anabolisants dans les années 60 du 20ème siècle et beaucoup d’entre eux le faisaient sans arrêt pendant des décennies. Je ne connais aucune  étude s´occupant de leur santé.

Ceci est la liste des effets secondaires possibles de stéroïdes anabolisants avec des références. Autant donné que les documents originaux sont en anglais, nous gardons leurs titres tels quels pour le maximum de précision.

Maladies du coeur.
Santamarina R.D., Besocke A.G., Romano L.M., Ioli P.L., Gonoratzky S.E. Ischemic stroke related to anabolic abuse, Neurology Department, Hospital Privado de Comunidad, Mar del Plata, Argentina, Clinical Neuropharmacology 2008 (Décrit le cas d’un sportif amateur de 26 ans)

Huie M.J. An acute myocardial infarction occurring in an anabolic steroid user, Department of Human Biodynamics, University of California, Med Sci Sports Exerc. 1994 (Décrit le cas d’un entraîneur de culturisme amateur)

Tischler K.H., Heyny-von Haussen R., Mall G., Doenecke P. Coronary thrombosis and ectasia of coronary arteries after long-term use of anabolic steroids, Klinikum Darmstadt, Germany, Z Kardiol. 2003 (Décrit le cas d’un culturiste)

Stergiopoulos K., Brennan J.J., Mathews R., Setaro J.F., Kort S. Anabolic steroids, acute myocardial infarction and polycythemia: a case report and review of the literature, Division of Cardiovascular Medicine, Department of Internal Medicine, Stony Brook University Medical Center, Stony Brook, Vasc Health Risk Manag. 2008 (Décrit le cas d’un infarctus chez un sportif)

Toyama M., Watanabe S., Kobayashi T., Iida K., Koseki S., Yamaguchi I., Sugishita Y. Two cases of acute myocardial infarction associated with aplastic anemia during treatment with anabolic steroids, Department of Internal Medicine, University of Tsukuba, Japan, Jpn Heart J. 1994 (Décrit deux cas soignés par des steroids anabolisants, un homme de 61 ans et une femme de 59 ans)

Changements négatives du taux de lipides dans le sang. On peut prendre pour prouves que la nandrolone décanoate (Deca-Durabolin) cause une baisse irréversible du taux de HDL (High Density Lipoprotein, soit le bon cholestérol) dans le sang.

Teruel J.L., Lasuncion M.A., Rivera M., Aguilera A., Ortega H., Tato A., Marcen R., Ortueo J. Nandrolone decanoate reduces serum lipoprotein(a) concentrations in hemodialysis patients Servicio de Nefrología, Hospital Ramón y Cajal, Madrid, Spain, Am J Kidney Dis. 1997 (Etude de 14 patients avec l’hemodialyse chronique soignés par la nandrolone décanoate. Ces patients avaient le niveau de HDL abaissé.)

Hartgens F., Rietjens G., Keizer H.A., Kuipers H., Wolffenbuttel B.H. Effects of androgenic-anabolic steroids on apolipoproteins and lipoprotein (a), Netherlands Centre for Doping Affairs, Capelle aan den Ijssel, The Netherlands, Br J Sports Med 2004 (Etude clinique avec deux groupes de patients : utilisateurs de stéroïdeset un groupe de référence. Les utilisateurs de stéroïdes avaient le niveau de HDL abaissé.)

Baldo-Enzi G., Giada F., Zuliani G., Baroni L., Vitale E., Enzi G., Magnanini P., Fellin R. Lipid and apoprotein modifications in body builders during and after self-administration of anabolic steroids, Department of Internal Medicine, University of Padua, Italy, Metabolism 1990 (Etude clinique avec trois groupes : des sportifs – utilisateurs de stéroïdes, des sportifs – nonutilisateurs de stéroïdes et un groupe de référence de non sportifs. Les utilisateurs de stéroïdes avaient le niveau de HDL abaissé.)

Dépendance.
Il existe le nombre croissant d’indices pour dire que les stéroïdes peuvent, d’une certaine façon, engendrer la dépendance. Quelques articles scientifiques ont été publiés à  ce sujet et voici une citation de Wood, R.I.:
Chez les humains il est difficile de distinguer des effets directs psychoactifs de SAA de la dépendance vu leurs effets anabolisants de système. Mais des études faites chez les animaux ont démontré que SAA mènent à  l’accoutumance dans le contexte où le rendement sportif est sans importance. Également, les SAA partagent les mêmes centres cérébraux et le même système de neurotransmetteurs que d’autres substances addictives. Plus concrètement, des preuves récentes relient des SAA avec des opioïdes. Chez les hommes, on associe l’abus de SAA à l’utilisation d’ opioïdes sur ordonnance médicale. Chez les animaux, l’overdose de SAA a des conséquences évoquant l’overdose des opioïdes et des SAA modifient l’activité du système opioïde endogène. Traduit en langue commune cela veut dire que les stéroïdes peuvent être addictifs et certains facteurs parlent pour cette possibilité.

Wood R.I. Anabolic-androgenic steroid dependence? Insights from animals and humans. Department of Cell & Neurobiology, Keck School of Medicine of the University of Southern California, Los Angeles, Front Neuroendocrinol. 2008 (Il existe plusieurs études similaires à propos de ce sujet du même auteur. La majorité décrit la dépendance des animaux engendrée par la testostérone.)

Dépression.
L’influence de la testostérone et d’autres hormones sur la psychique humaine est bien documentée. Chaque traitement comprenant des hormones ou bien qui provoque un déséquilibre hormonal débuchera probablement en sauts d’humeur, des fois graves.

Il est connu que les stéroïdes anabolisants répriment les facteurs de coagulation II, V, VII et X. Ceci peut provoquer l’aggravation de la tendance hémorragique chez les utilisateurs de stéroïdes.

Il n´y a pas longtemps, la pensée prédominante disait que la prise élevée de testostérone entraîne une croissance bénigne et maligne du tissu de prostate (entraîne donc la prostate agrandie et le cancer de la prostate). D’après une étude importante publiée en 2009 ce n´est manifestement pas vrai.

Jones, T.H. Advances in the Management of Testosterone Deficiency (Barnsley/Sheffield) (eds), Front Horm Res. Basel, Karger, 2009, vol 37, pp 197-203

Conclusion : Des stéroïdes androgéniques anabolisants forment un grand groupe de substances ayant des effets souvent variés sur la santé humaine. Il est prouvé qu´une longue utilisation de certains stéroïdes anabolisants entraîne des maladies du foie (pour certains stéroïdes, comme par ex. Halotestin, une courte période de quelques semaines suffi pour provoquer de graves lésions du foie). Il est également évident qu´une longue utilisation de stéroïdes peut déboucher en inhibition irréversible de la production naturelle de testostérone, bien qu´il est possible d’y prévenir en utilisant ces stéroïdes par cycles et ensemble avec des médicaments de support. Il est probable que certains stéroïdes aient l’influence négative sur le taux de cholestérol dans le sang. Une autre recherche est nécessaire pour établir le lien entre l’utilisation de stéroïdes et les maladies du cœur.

Autrement dit : la charcuterie et les œufs influencent plus le cholestérol que les stéroïdes. Le cigarettes sont probablement bien plus dangereuses pour votre coeur. Et des repas frits, comme la majorité de médicaments oraux, sont hépatotoxiques. Du coup, le plus dangereux c’est utiliser des stéroïdes sans surveillance médicale, sans encadrement spécialisé d’un professionnel qualifié et sans fabrication contrôlé de produits. Tout ceci n´est pas possible sans légalisation totale de stéroïdes et sans leur décriminalisation.